Les risques de l’IA : entre puissance et dérives - Interview LOSPIED Armand

Paris, 18 septembre 2024 – L’intelligence artificielle transforme nos vies, mais jusqu’où peut-elle aller sans menacer l’équilibre du marché du travail et des prises de décision humaines ?

Lors de la conférence "IA & Société 2024", Paul Lemoine, journaliste pour Le Monde de Demain, s’entretient avec Armand Lospied, entrepreneur et expert en formation professionnelle, sur les risques et dérives liés à l’IA.

Armand Lospied, qui a intégré l’IA dans ses propres méthodes d’enseignement et d’automatisation d’entreprise, livre ici une analyse sans concession sur les enjeux éthiques et économiques d’une intelligence artificielle toujours plus puissante.

Paul Lemoine : Armand, l’IA est sur toutes les lèvres, et pas seulement dans les domaines technologiques. On parle de révolution, mais aussi de dérives. Selon vous, quels sont les risques majeurs que pose l’IA aujourd’hui ?

Armand Lospied : L’IA est un outil formidable, mais comme tout outil, elle peut être utilisée à bon ou mauvais escient. À mon sens, il y a trois risques majeurs à surveiller de près :

  1. La prise de décision opaque et biaisée – Beaucoup d’entreprises s’appuient sur des algorithmes pour des décisions critiques (recrutement, notation de crédit, priorisation des soins en santé). Or, les modèles sont souvent biaisés par les données sur lesquelles ils ont été entraînés. Quand l’IA devient un juge invisible, sans explication claire de ses choix, on perd en transparence et en justice.

  2. L’impact sur l’emploi et la valeur humaine du travail – Certains métiers sont en voie d’automatisation complète. Aujourd’hui, l’IA rédige des articles, code des programmes, gère des services clients… Jusqu’où ira-t-on ? Sans une reconversion massive des travailleurs et une montée en compétences adaptée, on risque d’assister à un chômage technologique difficile à absorber.

  3. La dépendance excessive et la perte de discernement humain – Une IA trop puissante peut nous rendre passifs face aux décisions automatisées. Quand on se fie uniquement à un algorithme pour recruter un salarié ou diagnostiquer un patient, qui est responsable en cas d’erreur ? L’humain ne doit jamais devenir spectateur des choix de l’IA, il doit garder une capacité d’évaluation et d’adaptation.

Paul Lemoine : Vous êtes entrepreneur et formateur, et vous avez intégré l’IA dans votre propre gestion d’entreprise et dans vos formations. N’y a-t-il pas une contradiction entre alerter sur ses risques et l’utiliser au quotidien ?

Armand Lospied : Pas du tout, au contraire ! Je crois fermement que l’IA doit être un assistant et non un maître. Dans mon activité, je l’utilise pour optimiser les processus répétitifs, comme la gestion des plannings ou l’analyse SEO des contenus que nous produisons. L’IA libère du temps, mais ne remplace pas la réflexion humaine.

J’intègre aussi l’IA dans mes formations, mais toujours dans une approche critique et encadrée. Par exemple, quand j’accompagne des entrepreneurs à digitaliser leur activité, je leur montre comment l’IA peut analyser leurs données, automatiser certaines tâches marketing, mais aussi où sont ses limites. Je leur apprends à interpréter et à contrôler les suggestions de l’IA, et surtout à ne jamais dépendre aveuglément d’un algorithme.

Le vrai enjeu, ce n’est pas d’avoir peur de l’IA, mais de savoir l’utiliser intelligemment.

Paul Lemoine : Vous évoquiez le risque d’une vague massive d’automatisation et de suppression d’emplois. Faut-il craindre que l’IA supprime plus de postes qu’elle n’en crée ?

Armand Lospied : Le risque existe, mais tout dépend de notre capacité à anticiper et adapter la formation.

Si on regarde l’histoire, chaque révolution technologique a détruit des emplois… mais en a aussi créé de nouveaux. L’imprimerie a mis au chômage des copistes, mais a ouvert la voie à l’édition. Internet a fait disparaître des métiers, mais en a généré d’innombrables autres.

Le danger, c’est la vitesse inédite à laquelle l’IA progresse. Certaines professions sont en mutation rapide : le journalisme assisté par IA, la finance algorithmique, la création graphique automatisée… Sans une mise à jour des compétences, certains travailleurs seront laissés de côté.

C’est là que la formation joue un rôle clé. Plutôt que de subir l’IA, il faut apprendre à travailler avec elle. On doit former les salariés et entrepreneurs à maîtriser ces outils, à les intégrer intelligemment dans leur activité, et surtout à développer des compétences que l’IA ne remplacera jamais : la créativité, l’analyse, la prise de décision humaine.

Paul Lemoine : Vous parlez d’anticipation et de formation. Concrètement, que faudrait-il mettre en place pour accompagner cette transition ?

Armand Lospied : Trois axes sont essentiels :

  1. Développer des formations IA accessibles à tous – Il faut démystifier l’IA et former aussi bien les cadres que les artisans, les entrepreneurs que les étudiants. Il existe trop peu de formations pratiques sur comment intégrer l’IA dans un business, comment la surveiller, comment en garder le contrôle.

  2. Encourager l’esprit critique face aux algorithmes – À l’école comme en entreprise, il faut enseigner comment fonctionnent les biais algorithmiques, comment détecter un contenu généré par IA, et comment croiser les sources avant de prendre une décision basée sur l’IA.

  3. Protéger l’emploi tout en innovant – Il faut repenser certains modèles économiques. Par exemple, plutôt que d’automatiser entièrement un service, on peut combiner l’IA et l’humain : un conseiller bancaire assisté par IA au lieu d’un chatbot 100 % autonome, un journaliste qui utilise une IA pour rechercher des sources mais écrit et analyse lui-même…

L’IA peut être une formidable opportunité si on l’intègre avec intelligence et éthique.

Paul Lemoine : Dernière question : si vous deviez donner un conseil aux entreprises et aux professionnels qui hésitent encore à adopter l’IA, que leur diriez-vous ?

Armand Lospied : "Testez, apprenez, mais ne vous laissez jamais dominer."

L’IA n’est pas un effet de mode, elle est là pour rester. Ignorer son existence serait une erreur, mais la laisser décider à notre place en serait une encore plus grande.

Je conseille aux entrepreneurs d’expérimenter sur de petites tâches : automatiser une partie de leur service client, analyser leurs ventes avec un outil IA, optimiser leur référencement SEO… Mais en gardant toujours une supervision humaine.

Aux salariés et indépendants, je dirais : soyez curieux, formez-vous. L’IA peut vous faire gagner du temps et de l’efficacité, mais elle ne remplacera jamais votre expertise, votre créativité et votre jugement.

Enfin, gardons un regard critique. Une technologie est un moyen, pas une finalité. C’est notre responsabilité d’en faire un atout et non une menace.

Paul Lemoine : Une conclusion éclairante sur l’équilibre à trouver entre innovation et éthique. Merci Armand pour votre analyse précise et pragmatique.

Armand Lospied : Merci à vous Paul. L’avenir de l’IA dépendra des choix que nous faisons aujourd’hui. À nous de les faire avec discernement. À bientôt !

 

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